
Les derniers témoignages
MADAGASCAR, Moramanga
Manuel Jaskowiak, volontaire MEP longue durée
Mes "impressions"...
"Au début, elle hésite, et puis, un pas, deux pas, et puis elle tire...c'est dedans!" La petite fille malgache qui vient de marquer deux points pour son équipe est souriante, mais elle repart aussitôt dans son camp, sa réussite modeste en poche.
Le panier de basket est à plus de 3 mètres, elle doit mesurer dans les 1m20, et pourtant, lancer un ballon qui pèse dans les 500 grammes et qui est bien plus gros que sa tête ne semble pas lui poser de problème particulier.
Vêtue d'un short rouge et d'un maillot blanc, l'équipement réglementaire dans le collège privé où je coopère, elle court pieds nus. Autour d'elle, des camarades de sa classe, qui s'époumonent pour attirer l'attention de la coéquipère qui a le ballon.
A côté du terrain, les garçons attendent pour prendre le relais. Le plus grand mesure 1m80, il a 18 ans, et il pèse peut-être trois fois plus que la "marqueuse"...et ils sont dans la même classe.
Et je ne peux m'empêcher de voir dans cette image une image symbolique de Madagascar. Madagascar, l'île des contrastes.
Madagascar, l'île de toutes les couleurs, le blanc du soleil, le rouge de la terre, le vert de la forêt. Où tous les climats sont présents, où toutes les catégories sociales se parlent, où toutes les religions "cohabitent", voire communiquent sans heurt. Avec la chaude voix de l'Afrique qui chante sur les côtes, et le sourire timide mais inépuisable de l'Asie sur les plateaux.
C'est un pays pauvre, alors évidemment, naturellement même, il y a des problèmes. Il y a des problèmes partout me direz-vous, et vous auriez raison, mais à Madagascar, les problèmes sont partie intégrante du mode de vie. C'est une pièce du puzzle quotidien.
Alors, dans le meilleur des esprits, on pourrait dire que les malgaches sont très conciliants.
Parce-que notre esprit cartésien d'européen ne garde pas le silence très longtemps. Il ne peut tout simplement pas.
On a l'impression que le manque de moyens a étouffé la recherche du bon temps, avant de se rendre compte que ce "bon ton" est justement une invention parfaitement européenne.
Et finalement on se dit qu'il serait cruel d'imposer sa vision des choses.
Mais encore une fois, cette bonne disposition d'esprit disparaît quand la façon de faire malgache est dangereuse pour les gens, quand ça entraîne la mort, les douleurs, les injustices. Encore une éruption intérieure, un "on-pouvait-éviter-ça!". L'esprit est balloté entre la révolte et la relativité.
Et, finalement, le soir, quand tout s'apaise, quand toutes les lumières sont éteintes, quand le beau ciel noir est décoré d'étoiles, quand le silence propose la plénitude, on se surprend à penser à la journée qui vient de s'écouler, on se surprend à remercier Dieu pour ce qu'il nous offre.
Et on se dit qu'on aime les gens qui nous entoure, qu'on s'y attache. On a envie de protéger les plus faibles, de parler avec les plus jeunes, d'aider tout le monde. Même si on sait qu'on est juste un petit être humain, avec ses forces et ses faiblesses.
A ce moment-là, on est coopérant de corps et d'âme. Et on se sent porté vers la bonne direction. Et puis on se couche, on dort, on se réveille, et on vit du nouveau.
Jour après jour.
Jusqu'à la fin."



